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Histoires de costumes  Episode 1 : SADE vu par Agnès Bourgeois 

Publié le 15 janvier 2017
 

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 Ici je ne parlerai pas uniquement de mon actu ou de ce que je fais, mais des choses qui marquent mon esprit et nourrissent mon imaginaire . Une idée qui a germé en moi depuis quelques mois, celle d’écrire sur ce qui m’a touchée dans ce que j’ai pu aller voir et entendre.
Au travers de ces chroniques, je ne parlerai principalement que de ce qui m’intéresse ici, le costume.
J’ouvre le bal avec une pièce vue cet été en Avignon. Cette pièce, certainement difficile à mettre en œuvre, évoque le choc des orgies Sadienne au travers de son roman, les 120 journées de Sodome. Celles-ci pourraient heurter les esprits même les plus avertis.
Agnès Bourgeois a su mettre en scène les mots en laissant de coté tout ce qui visuellement pourrait détourner du propos afin de mettre en évidence la violence inhérente qui s’empare de l’homme lorsqu’il s’agit, pour lui, d’en franchir ses limites. Le travail se situe sur un fil sonore et sensationnel, les voix se dévoilent rendant le sordide audible, terrifiant et les corps, qui là, auraient pu être outranciers laissent apparaître finement la décadence qui s’empare d’eux.
Sous les corps vêtus on pourrait presque sentir les maux et les désirs de chacun, ce qui rend encore plus subtil la dégénérescence des personnages qu’Agnès Bourgeois à voulu traiter.

Nous commençons la pièce avec une écolière vêtue de noir, encravatée, laissant apparaître au travers de son chemisier des formes généreuses. Ça commence, contraste entre ce qu’on voit et ce qu’on entend. Nos oreilles ne peuvent qu’écouter la monstruosité qui s’opère, le personnage tel qu’il est présenté nous annonce la couleur.
A la fin de ce que j’appellerais le prologue, la scène s’éclaire sur huit personnages se lançant dans une ronde effrénée et enivrante, marquée par un pas entre le manu-militari et l’incarcération. Les pieds sont nus comme pour évoquer les instants qui vont suivre… Tout au long de la pièce les 120 journées seront décomptées et les personnages nous entraîneront aux travers les textes choisis dans leurs jeux cruels, sans limites. D’immenses cordes de pianos tirent chaque individus de cette ronde pour nous en montrer leurs vices et leur musique propre.
A travers les costumes, que l’on pourrait croire sortir, tels qu’ils sont assemblés, des armoires de cette punk aristo, Vivianne Westwood, nous sentons une déchéance qui frôle tous les interdits.
Les hommes dont l’apparence colorée est dépareillée, comme s’ils avaient emprunté le costume de l’autre lors d’ébats sexuels.
Sous les costumes les chemises n’ont pas lieu d’être, comme pour se dévêtir à la hâte et montrer sa peau,
Dissimulés sous les vestes, on entrevoit parfois un gilet donnant une allure androgyne, parfois un corset ouvrant sur l’ambiguïté des possibles, parfois un corps à baleine , tous deux voués à contraindre le corps, les nouer, les dénouer, dissimulant à la foi la jouissance et la souffrance qui est propre au sadisme.
Les matières convoquent les sens, les velours ici pourraient vouloir brouiller les pistes en évoquant la douceur mais les couleurs utilisées et qui se contredisent, « provoquent » et attirent l’attention comme pour dominer sur scène lorsque les comédiens s’animent.
A chaque texte choisi, l’ambiance décrit les personnages passant du Duc, à l’évêque,du président au maître des lieux et ainsi de suite. Le choix d’interversion, d’enfiler un autre costume propre à son (identité) n’est à mon sens pas décidé au hasard.
Les codes sont ainsi mélangés pour effacer les rangs de la noblesse et de la religion pouvant laisser ainsi libre court aux déboires et à la perversité. Le costume ici prend l’importance du masque pour cacher les êtres mais n’efface en rien l’extravagance qui sert leur perversité.
Quant aux femmes elles ont des apparences hermétiques (un carcan qui évoque la domination de l’homme sur la femme) dont les rondeurs postiches volontairement soulignées provoquent les fantasmes les plus fous et donne de l’envol aux différents textes sans que nous en devenions des voyeurs. Malgré les faux culs et faux seins qui harnachent celles-ci et surgissent comme des mots sur des scènes torrides fascinante mais ou les sens se rattachent plus aux idées qu’à la chair , et s’enlèvent comme des morceaux de barbaque dont les personnages se délectent. Jusqu’au désossement comme le sont les pianos de l’avant scène ?
Quatre femmes représentent les différents désirs: la prude avec le choix du costume austère de l’uniforme, la marâtre à la fois mère nourricière et ensorceleuse, la dominatrice, seul femme sans postiches aguicheurs qui s’affirme en conservant le corset de la droiture et en chaussant le pantalon de l’homme, la mystérieuse grimée d’une perruque de marquise apparaît presque comme une femme objet, une femme blasée, ces deux même femmes clôturent le bal.
Le choix des matières est certes moins mis en avant, comme pour effacer ces femmes au désirs des hommes. Néanmoins les tartans sont présents et représentent les rangs, le choix du costume noir évoque à la fois l’austérité, l’uniforme mais aussi la maîtresse de maison et l’écolière. Seule la femme sans postiches apparents attire le regard et les sens, la brillance d’un anorak et d’une gaine d’un rose pâle donnant presque l’ impression d’une deuxième chair qui appelle à la tentation.
Les sous vêtements se montrent « en focus » comme pour ne s’intéresser qu’aux seules endroits d’égarements se détachant de l’ensemble du corps.
Chaque élément est donc choisit pour en extraire son importance.
La ronde rythme la folie
Le son des cordes ajoute au stress
La pudeur mélangée à l’extravagance des costumes renforce les imaginaires .Pourtant chaque pièce serait presque banale prise isolément.
La mécanique du décompte perpétuel des jours rend visible le chaos dans lequel les corps et les esprits se sont englués. L’humain est possédé. S’il lui arrive de sortir du lot, c’est pour y être de nouveau happé l’instant suivant et bis repetita.
« Il est reçu, parmi les véritables libertins, que les sensations communiquées par l’organe de l’ouïe sont celles qui flattent davantage et dont les impressions sont les plus vives. » (Sade)
Le travail des costumes est donc pour moi en parfait accord avec ce qu’a voulu Agnès Bourgeois, écouter et percevoir l’insoutenable lourdeur des êtres de l’œuvre de Sade, ce qu’ils ont aujourd’hui à nous dire de l’humain.

Le costume prend tout son sens il s’exhibe et s’efface quand il le faut .

OPUS 3 : Les 120 journées de Sodome (Sade)
mise en scène : Agnès Bourgeois
collaboration dramaturgique et costumes : Laurence Forbin
scénographie : Didier Payen assistée d’ Oria Steenkiste
musique : Fred Costa et Frédéric Minière
lumières : Sébastien Combes
jeu : Valérie Blanchon
Agnès Bourgeois
Fred Costa
Xavier Czapla
Corinne Fischer
Muranyi Kovacs
Guillaume Laîné
Frédéric Minière