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Un jour je fis une toile pour Dior… le couturier du ciel

Publié le 9 décembre 2017
RobeDior
 

Un coin de ciel après la grisaille

Un rêve perdu pendant la seconde guerre, qu’il rend aux femmes au lendemain de l’occupation. Fini la grisaille il décide de les mettre en lumière en leur créant des robes qui suscitent à nouveau le désir, le goût de plaire.

« Nous sortions à peine d’une époque démunie, parcimonieuse, obsédée par les tickets et les points-textile. Mon rêve prenait donc naturellement la forme d’une réaction contre cette pauvreté ».

Des pinceaux aux ciseaux

Premières salles de l’exposition du Musée des arts décoratifs, avant de nous dévoiler le talent Dior, on rentre dans son intime, un atelier – on y découvre le début de sa vie, avant de devenir une icône à 42 ans, Dior était Galeriste, il côtoie Braque, Picasso, Dali, Matisse, Cocteau, Gruau, Monet, Bérard… artistes exposés ou amis, ils ont grandement participé à l’imaginaire du créateur. En 1934, la galerie ferme, pâtissant du contrecoup de la crise de 1929. On pourrait dire que Dior est devenu, après la faillite de sa galerie, le peintre de la mode.

Voiler et dévoiler

Début de l’exposition, les vitrines dévoilent comment avec délicatesse et raffinement Christian Dior tisse son style dans l’écrin de la féminité.

1947, Il souligne les tailles, tantôt les nouant du célèbre nœud Dior, tantôt les enlaçant d’une ceinture. Sans restriction, il utilise 20 mètres de tissu qui rebombent les hanches des jupes à plis nommées « corolles » et dont l’ourlet ne sera ni en dessous ni au-dessus de 40 cm du sol, dénude les épaules et drape les poitrines et les encolures …Il donne ainsi naissance à une nouvelle mode dont la ligne sera celle qu’il appellera « New-look » , Nioulouque in french.

La vie en couleurs

On entre émerveillé dans son univers et notre regard n’en finit pas de s’étendre dans des palettes de couleurs empruntées aux peintres et aux fleurs qu’il n’a eu de cesse de contempler pour mieux les destiner aux femmes qu’il habille. Toutes n’auront pas cette chance faute de moyens mais cela inspirera nombre de couturières et de m archandes de vêtements pour rendre accessible ce nouveau style.

Une multitude de toilettes miniatures, d’accessoires, de bibis et chapeaux fleur… autant de maquettes qui entourent les modèles phares du Maître derrière les vitrines de l’exposition.

Cultiver son jardin

La robe Miss Dior créée en 1949 en est une des illustrations. Elle est à la fois inspirée des impressionnistes avec son allure pointilliste et des fleurs qu’il admire et cultive dans son jardin de Milly-la-Forêt. Il dessine cette robe tout comme Monet compose ses peintures dans son jardin de Giverny. Petite parenthèse qui n’a rien à voir avec l’expo mais que j’ai trouvé drôle dans mes recherches de lecture, Dior jardine et s’implique aussi dans ce village jusqu’à en « rhabiller » le curé ; cette ville est la ville de toutes les audaces certainement parce que nombre d’artistes y trouvent refuge comme Cocteau, Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely.

L’art de la technique

Le fameux pied de poule un des emblèmes de Dior, mis en valeur. Il fut le premier à créer le tailleur qui le rend célèbre pour le couturier Robert Piguet et en garde l’empreinte en le déclinant aussi bien dans « ses tailleurs bar » que dans les escarpins confectionnés par Roger Vivier jusqu’au fameux parfum « miss Dior » Dior nous enivre de ses talents et les techniques de coupe donnent lieu à d’étonnants drapés glissants le long des corps, entrelaçant des encolures, enrobant les hanches, de broderies fleuries… dans des déclinaisons de couleurs toutes plus éclatantes les unes que les autres venant s’éteindre sur le rose que Dior tout comme Schiaparelli ont su réinventer pour les femmes. Soudain la douceur des roses s’offrait comme un bouquet aux femmes, il le sublimait et donnait naissance à une robe dont les pétales forment une rose, une fleur comme pour le modèle Opéra Bouffe ou Aimant, la robe Muguet.

Bal costumé

La Robe Junon ouvre la salle des bals. Les délicats pétales plissés sont dédiés à la reine des dieux protectrice du mariage. L’audace, l’élégance, la grâce participent à la renaissance de la vie mondaine d’après-guerre. Dior s’en saisit pour exercer sa créativité. Il devient le couturier des stars, dont les américaines Olivia de Havilland, Rita Hayworth, Ava Gardner, Marilyn Monroe, Lauren Bacall, Liz Taylor. .. Et l’allemande Marlène Dietrich, qui ne porte que du Dior

A chaque collection il invente une nouvelle silhouette. Jusqu’à sa mort 10 ans plus tard, sa griffe gardera l’empreinte de sa vie. Corolle et En 8, puis de nouveau Corolle, Envol et Zig Zag, Ailée, Trompe l’œil, Milieu du Siècle, Verticale, Oblique, Naturelle, Longue, Sinueuse, Profilée, Tulipe, Vivante, Muguet, H, A, Y, Flèche, Aimant, Libre et Fuseau auront été les noms des lignes qui resteront gravées dans l’histoire de la maison Dior.

« Ses proches disent qu’il « a été rappelé par Dieu pour rhabiller les anges ». Une tâche facile, il s’était entraîné avec le curé de Milly… »

Petites et grandes mains

Monsieur Dior, comme l’appellent encore aujourd’hui ses ouvrières, leur rend hommage et l’exposition aussi en déployant plus d’une centaine de toiles (maquette de modèle réalisé en toile de coton avant la réalisation). Nichées dans une même pièce on peut y admirer les talents des modélistes qui interprètent ses croquis tout en y apporter des techniques novatrices pour l’époque.

Je fus honorée à cet instant de me rappeler que, lors de mes études de styliste modéliste, j’avais participé au « Concours Dior », arrivée 2ème parmi les participant-e-s ce qui m’ouvrit les portes de la prestigieuse école de la Chambre Syndicale de la Haute Couture où je réussit un deuxième concours.

Dans cette promenade, on remonte le temps pour comprendre les inspirations qui ont nourri tous ceux qui lui ont emboîté le pas.

Dans l’histoire

Christian Dior laisse une trace indélébile dans le domaine de la mode Yves Saint Laurent, Marc Bohan, Gianfranco Ferré, John Galliano, Raf Simons et tout récemment Maria Grazia Chiuri se sont, au fil du temps, imprégnés de sa création, au point que, tout au long de l’exposition, l’on sent un doux parfum de confusion entre l’esprit des modèles du maître et celui de ses successeurs. Les époques se fondent sans tout à fait se confondre, il est remarquable de voir comment les créateurs de cette prestigieuse maison ont su tramer, à tour de rôle, le style de Monsieur Dior avec le leur.

Mais je n’en dirais pas plus car cette exposition vous racontera le reste jusqu’au 8 janvier au musée des arts décoratifs…

Photo : robe Olga Papp création pour DIOR 1989.